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Sauver le patrimoine français grâce au loto… et à Stéphane Bern

17 septembre 2019

Un ticket gagnant-gagnant ?

L'idée, en théorie, n'est sans doute pas mauvaise. Prenons une habitude bien française et ajoutons-lui une touche de patriotisme : aller au bureau de tabac et, en achetant le journal, tenter sa chance à la loterie... pour sauvegarder le patrimoine de l'Hexagone. Si le nombre de joueurs est en baisse ces dernières années, les sommes misées à la loterie, elles, augmentent. Une analyse simple, mais qui, selon Stéphane Bern, peut servir une bonne cause.

Dévoilés le 2 septembre, les tickets de grattage destiné à la restauration des monuments en péril sont le deuxième atout dans la manche du présentateur préféré des Français, après le loto du patrimoine. Le premier ticket est vendu à 15 € et permet à l'heureux gagnant de récolter 1,5 millions d'euros. Une coquette somme qui ne laisse pas indifférents les Français qui ont le goût des jeux de hasard. L'autre version est mise en vente à 3 € avec un gain maximum de 30 000 €.

Pour un ticket à 3 € acheté, seuls 50 centimes sont reversés à la Fondation du patrimoine. Sur celui à 15 €, on s'attendrait à ce qu'au moins la moitié du prix soit reversée aux organismes qui luttent pour la sauvegarde du patrimoine. Que nenni, à peine une pièce de 2 € sera reversée pour chaque ticket vendu. Si le contribuable a l'impression de faire une bonne action tout en cherchant la fortune. La Fondation du patrimoine et la mission Bern se font, à mon sens, gentiment flouer par la Française des Jeux, soi-disant "partenaire financier". Mais quand on aime, on ne compte pas, n'est-ce pas "Monsieur patrimoine".

Une opération de communication bien orchestrée

Stéphane Bern

Derrière tout ce raffut médiatique et le visage rassurant de Stéphane Bern qui, dans la tête de nombreux Français et moi le premier, apparaît comme le passionné-sauveur de vieilles pierres devant des caméras, il faut tout de même rappeler que la mission Bern, officiellement connue sous le nom de "Mission patrimoine en péril", a été créée par l'Etat et est dirigée par le ministère de la Culture. C'est Emmanuel Macron qui, en 2017, a nommé Stéphane Bern à la tête de ce projet. Autrement dit, derrière le présentateur de Secrets d'histoire et son combat pour notre cher patrimoine français se trouve... le gouvernement. Une chose qui, en soit, n'est pas forcément mauvaise puisqu'il est vrai que l'Etat a son rôle à jouer dans la protection du patrimoine culturel et historique de notre pays.

Alors en bon chevalier, Stéphane Bern part en croisade pour dénicher les monuments à sauver et surtout les moyens de financer tous ces restaurations. 109 projets, ce n'est pas rien et c'est surtout beaucoup d'argent. Pour atteindre son objectif, comme d'habitude, il se donne corps et âme à la tâche. Il met beaucoup de sa personne et surtout de son image. Un livre, une campagne de promotion du loto dans tous les médias, un travail "bénévole" selon ses propres mots pour le gouvernement. On dirait presque qu'il est à l'initiative du projet. " À ceux qui disent que le patrimoine coûte cher, je réponds que c'est d'abord de l'investissement pour notre développement touristique", affirme-t-il. Tout un programme politique, en somme.

L'effort de guerre au nom du patrimoine, mais au détriment du contribuable

D'abord le loto avec deux tirages qui a rapporté à l'Etat environ 20 millions d'euros, soit 30 % de plus qu'un loto classique. Puis les tickets de grattage qui se vendent comme des petits pains. Le succès est certes impressionnant mais pas suffisant. L'animateur continue de chercher des partenariats... et se tourne vers les entreprises françaises. C'est pour la bonne cause, Monsieur le PDG.

Selon diverses sources, Stéphane Bern est actuellement en discussion avec le groupe La Poste pour proposer une série de timbres "spéciale monuments en péril", et travaille avec la Banque des Territoires sur un projet de boutiques-hôtels dans des monuments délaissés. Les entreprises aussi sont donc cordialement conviées à participer à l'opération de sauvegarde du patrimoine. Mais, au final, pour tous ces projets, c'est toujours le contribuable qui ouvre le porte-monnaie. Par ailleurs, le premier tirage du loto du patrimoine, qui a eu lieu le 16 septembre, n'a pas fait d'heureux gagnant, à part l'Etat. Car rappelons que la Française des Jeux est détenue à 72 % par l'Etat.

Chercher à sauver le patrimoine est une initiative que je trouve louable. Cependant, en transformant notre héritage historique en vaste opération de communication à des fins touristiques et en plus aux frais du contribuable, j'ai envie de dire à Stéphane Bern : "Vous m'avez déçu. La fin ne justifie pas toujours les moyens. On ne peut pas tout accepter même si c'est la personnalité préférée des Français qui vous le demande avec un grand sourire bienveillant." Et à ceux qui veulent contribuer à la restauration du patrimoine français, je n'ai qu'un conseil à leur donner : "investissez dans la pierre !" En plus de le sauver, vous paierez moins d'impôts ! C'est ça que j'appelle un ticket gagnant-gagnant, Monsieur Bern.

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